On connaît tous le principe de la grande réunion qui sert à rien. Chacun dans son boulot, est confronté quotidien à la grande mascarade du meeting « ultra-important », où il « ne faut surtout pas arriver en retard ». Et où généralement après deux petites heures à avoir lutté contre sa sainteté le sommeil, on ressort de la salle avec la désagréable sensation d’avoir jeté ces 120 dernières minutes par la fenêtre. Les Etats Généraux du Football, qui se tiennent aujourd’hui et demain à l’INSEP, c’est un peu ce concept là appliqué au petit monde du ballon rond français. Explications.
Après la prestation spectaculaire de nos petites Frenchies en Afrique et Sud et leur performance mémorable dans le film « Knysna ou Troca, même combat : la grève, un art de vivre », Nicolas Sarkozy a expressément souhaité mettre en place une sorte d’hyper-réunion avec tous les grassouillets bedonnants qui « comptent » dans le milieu du football français. L’objectif : passer en revue tous les maux du foot français, notamment ceux mis en évidence pendant la dernière Coupe du Monde et y apporter des solutions concrètes. Ethique du foot, amélioration de l’image de la Ligue 1, répartition des richesses entre amateurs et professionnels, uniformisation de l’arbitrage et bien sûr, révision de la gouvernance de la FFF sont au programme. C’est surtout ce dernier point qui devrait être au centre des débats.
Professionnels et amateurs : frères ennemis
Le vrai souci derrière la gouvernance de la FFF, c’est la gestion de l’équipe de France, vitrine du foot français qui tire tout le monde vers le haut quand les résultats sont là, mais qui fait chuter tout le football hexagonal quand les Bleus sont aux fraises. Et récemment, c’est arrivé plus d’une fois ! Les audiences de Canal sont en baisse de 15 à 20% sur les journées de championnat depuis la reprise de la ligue 1, et les Evra, Ribéry & co y sont pour beaucoup dans ce désamour généralisé autour du foot en France. Principal sujet de réforme : la composition du système fédéral et l’élection du président de la FFF. Aujourd’hui, le conseil est constitué de 21 élus qui décident de tout. Ses membres sont bénévoles, pas toujours compétents et élus par une assemblée fédérale où le monde amateur est très largement représenté (75% des membres). C’est d’ailleurs en grande partie pour cela que Jean-Pierre Escalettes puis Fernand Duchaussoy (actuel président intérimaire), tous deux issus du monde amateur, ont pu prendre les commandes.
On a beaucoup reproché aux amateurs de ne pas avoir les compétences pour ce genre de poste, surtout pour tout ce qui touche à l’Equipe de France. L’enjeu est de taille, car les Bleus représentent 80 millions d’euros de revenus, soit 40% du budget annuel global de la FFF. En gros, l’équipe de France, ce sont des joueurs pros, elle doit être gérée par des pros qui en ont les compétences. A mon sens, c’est on ne peut plus logique. L’une des propositions évoquées (source : La Tribune) pour remédier à ce problème est la création d’un haut conseil de 20 à 25 membres, auquel serait accolé un comité exécutif de 7 à 12 membres choisis uniquement sur leurs compétences. Je ne vois pas trop la différence entre le haut conseil et le système en place en ce moment, si ce n’est que le monde amateur serait prêt à laisser 40% des voix au monde professionnel.
En contrepartie, le monde professionnel s’engagerait à reverser une partie des droits télé au monde amateur. Actuellement, les pros reversent 22 millions par saison aux amateurs, ces derniers trouvant évidemment cette somme beaucoup trop faible afin de pérenniser le monde associatif. Oui, c’est toujours une histoire de $$$$.
Pour éviter les problèmes de gouvernance, plusieurs voix ont aussi évoqué l’idée que les dirigeants de la FFF deviennent des salariés, et qu’un « patron de l’Equipe de France » soit nommé. Ce dernier serait le boss direct du sélectionneur et rendrait directement compte de ses résultats au conseil fédéral (ou futur haut conseil). Le président de la FFF ne serait plus ainsi considéré de fait comme le « patron qui doit sauter quand ça va mal », cf. la jurisprudence Escalettes. Une idée plutôt séduisante sur le papier mais (il y a toujours un mais) c’est inimaginable en l’état. Pourquoi ? Parce que la loi ne permet d’avoir au sein d’une fédération sportive que trois dirigeants bénévoles, et qu’il est impossible d’avoir à la tête de la FFF (entre autres) des salariés rémunérés et révocables par décision du conseil d’administration.
A côté de cela, les autres débats devraient avoir du mal à se faire une place au soleil. La Ligue 1 à 18 clubs comme le voudrait Laurent Blanc ? Pas le temps, et source de conflit entre la Fédération et la LFP. L’éthique du football et l’uniformisation de l’arbitrage ? Même pas sûr que nos amis réunis en ce moment en parlent.
Vous l’avez compris, ces 48 heures de « réflexion » se résument à une belle lutte d’influence entre deux mondes complètement déconnectés qui jouent avant tout pour ne pas céder de terrain à l’autre. La logique voudrait que le monde professionnel prenne plus d’importance dans la FFF, ce qui affaiblirait également le président actuel, Fernand Duchaussoy, qui semble être presque déjà condamné à quitter son poste lors de la prochaine assemblée générale de la FFF le 18 décembre. C’est d’ailleurs à ce moment-là que les propositions finales de changement de statuts et de fonctionnement du directoire seront validées ou non, après être passées entre les mains experts du collège des présidents de ligues et districts le 12 novembre. Un bien long processus pour des décisions poudre aux yeux…
Les Etats Généraux du Football pour une équipe de France qui gagne ? Pour le moment, personne n’y croît. Laurent Blanc et Michel Platini ont ouvertement cette réunion pleine de non sens. Selon un sondage réalisé par l’Equipe, 81% de leurs lecteurs pensent que ce grand ramdam est du flan, mis en place d’abord pour faire plaisir à la classe politique. Un avis que je partage d’ailleurs à 200% !




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