On parle souvent tennis sur Soyons Sport et l’arrivée d’un nouveau jeu dédié à la baballe jaune nous met toujours en émoi. Longtemps négligé par les éditeurs, le tennis sur consoles a pris une toute autre ampleur après la claque Virtua Tennis sur Dreamcast en 2000.
Si la série de Sega a depuis perdu de sa superbe, elle a eu au moins le mérite de pousser d’autres éditeurs à se sortir les doigts pour nous proposer des « simulations » tennistiques à un rythme plus régulier. On pense notamment à Namco avec les Smash Court Tennis et bien évidemment à Microsoft puis 2K avec Top Spin.
Grand Chelem Tennis 2 marque lui l’entrée en fanfare d’EA Sports dans la cour des jeux de tennis dignes de ce nom après un premier épisode Wii qui avait pour objectif principal de mettre en valeur le surplus de précision apporté par le Wii Motion Plus. Après VT4 et Top Spin 4, c’est tout simplement le troisième titre tennistique d’envergure qui voit le jour en moins d’un an : c’est bon ça.
EA Sports a laissé tomber le design cartoon et passe aux choses sérieuses : Grand Chelem Tennis 2 se veut être un concurrent direct pour Virtua Tennis 4 et Top Spin 4. Le titre propose au passage une nouvelle approche du tennis virtuel à mi-chemin entre arcade et simulation et un système innovant de contrôle des frappes au stick : le « Total Racquet Control ».
Les boutons de façade, c’est tellement démodé : vive le Total Racquet Control
Derrière ce nom barbare se cache en fait une version « tennistique » du système de contrôle sans boutons que l’on trouve notamment dans la série des Fight Night. Ainsi, un mouvement du stick vers le haut produit une frappe à plat. Vers le bas, un slice. Vers le bas puis vers le haut, un lift avec un mouvement qui rappelle celui d’un vrai lift effectué avec une raquette comme si vous « enrobiez » la balle. La puissance est déterminée par la durée de la pression sur le stick et la trajectoire par l’angle imprimé par votre doigt sur celui-ci.
Ce système demande quelques parties d’adaptation mais même avec pas mal de pratique, il reste difficile de recréer des frappes aussi précises qu’avec les boutons traditionnels. Le coup court croisé est ainsi très compliqué à réaliser avec le TRC. On a d’ailleurs tendance à revenir au système classique avec les boutons quand les parties sont plus serrées pour une plus grande précision de frappe. Toutefois, de façon assez surprenante, ce nouveau système de contrôle propose des sensations vraiment intéressantes.
L’impression de mimer les coups est bien réelle et il est d’ailleurs presque dommage que ce système ne soit pas « avantagé » par rapport aux boutons car il aurait poussé les joueurs à en faire plus souvent usage. La réalisation des lobs et des amorties est quant à elle très simplifiée par rapport à un Top Spin : il suffit d’appuyer sur une gâchette au moment de la frappe.
Dans l’ensemble et quel que soit le choix de gameplay que vous faites, les échanges sont plutôt agréables et Grand Chelem Tennis apparaît comme un titre au positionnement intermédiaire entre le tout arcade et grand n’importe quoi de Virtua Tennis et l’excellence de la simulation tennistique alias Top Spin 4. Un gameplay pour ceux qui aiment le tennis et son histoire, mais sans pour autant se prendre la tête pendant des heures pour apprécier leur investissement de 60 euros.
Une ambiance convaincante mais des animations parfois étranges sur le court
Passons au chapitre qui nous a le plus chagriné : les animations. Attention, Grand Chelem Tennis 2 est parfaitement fluide en toutes circonstances, le rythme des échanges est plutôt bon mais les attitudes des joueurs à l’écran a parfois de quoi surprendre.
Première remarque : si on reconnaît certains « signature moves » au premier coup d’œil car ils ont été reproduits avec grande fidélité, on constate que des champions comme Djokovic ou Nadal tapent souvent leurs revers à une main, comme Roger Federer (lui est un habitué de la chose). Problème de motion capture ? Peut-être, toujours est-il que les puristes pourront être interloqués par ce type d’erreurs qui sautent aux yeux.
Deuxième souci, plus ennuyeux : les joueurs courent beaucoup trop vite, et font l’essuie-glace d’un bout à l’autre du court sans broncher à chaque échange (il n’y a pas de gestion de la fatigue). Grand Chelem Tennis 2 intègre bel et bien une gestion du timing (qui affiche à l’écran des inscriptions trop tôt, trop tard ou parfait) dans le jeu mais celle-ci n’influence finalement qu’assez peu la force du coup que vous allez balancer. Couplé à la vitesse du jeu de jambes irréelle de certains joueurs, les rallyes de fond de court peuvent assez vite devenir interminables. La solution qui s’impose est du coup de monter à la volée dès que possible, histoire d’abréger les échanges.
Celle-ci est utilisée dès que possible par l’IA, même si le joueur qu’elle incarne n’est pas vraiment un spécialiste de ce secteur du jeu. Nadal par exemple fait service-volée quasiment à chaque fois et monte au filet dès qu’il en a l’occasion (c’est-à-dire au moins 80% du temps). En clair quand vous jouez face à la console, la volée donne un avantage vraiment majeur à celui qui parvient à monter en premier au filet, de façon parfois aberrante. Si on apprécie de voir le tennis d’attaque mis autant en valeur dans un jeu de baballe jaune, on regrette que l’avantage procuré par ce secteur du jeu soit aussi déterminant au point de déséquilibrer le rapport de force entre les tennismen.
L’IA évolutive et soi-disant adaptée aux styles de jeu des véritables champions n’a visiblement pas trouvé sa place dans la version finale de GCT 2. Comme on pouvait s’y attendre, c’est donc face à ses potes ou en ligne que l’on trouvera vraiment son pied, car malgré tous ses défauts, le titre reste accrocheur grâce à son approche intéressante du tennis, son habillage et son contenu à la hauteur.
Une présentation et un habillage général à la hauteur
Titre EA Sports oblige, Grand Chelem Tennis 2 débarque avec bon nombre de licences, dont celle de Wimbledon qui est une exclusivité de l’éditeur. La qualité de la modélisation des différentes enceintes est d’ailleurs pour beaucoup dans le plaisir ressenti par le joueur manette en main (le public est tout plat par contre). Chaque tournoi du Grand Chelem est présent via plusieurs courts (Philippe Chartrier, Suzanne Lenglen et le Court numéro 17 pour Roland Garros, le court n°1 et n°3 en plus du Centre Court à Wimbledon etc..) auxquels viennent s’ajouter quatre tournois « fictifs » à Dubai, Genève, Shanghai… Au niveau de l’ambiance et de l’expérience Grand Chelem-ique, EA Sports a parfaitement rempli son office et on a vraiment l’impression d’y être.
Difficile d’être séduit par contre par le roster de joueurs proposés. Ils sont 23 au total, hommes et femmes confondues, dont 11 légendes. Ceux qui attendaient Grand Chelem Tennis 2 comme le messie au niveau de la diversité des joueurs disponibles peuvent retourner au vestiaire : Djokovic, Murray, Nadal et Federer sont accompagnés de Tsonga (un gros plus), Nishikori (pourquoi pas) et Hewitt. Et c’est tout. N’espérez pas voir Ferrer, Del Potro, Soderling, Fish, Isner etc… ils sont restés chez eux. Alors oui se faire un petit Sampras – Federer ou un Borg – Nadal, ça a de la gueule mais on pouvait vraiment espérer mieux de Grand Chelem Tennis 2 à ce niveau. On profite d’ailleurs de parler des joueurs pour évoquer leur modélisation, meilleure que dans les titres concurrents, même si l’on note que les légendes en dehors de McEnroe sont assez ratées dans l’ensemble.
10 ans pour battre le record de Federer en Grand Chelem
L’un des principaux motifs de satisfaction de Grand Chelem Tennis, ce sont les modes de jeu proposés (qui se jouent d’ailleurs presque tous en ligne). Le mode carrière vous propose de bâtir votre champion de la tête aux pieds et de partir à l’assaut des 4 Grands Chelems, séparés par des tournois intermédiaires et des séances d’entraînement qui vous débloquent du matos plus performant et améliorent les statistiques de votre excité de la raquette. Les tournois sont « complets », c’est-à-dire qu’ils comportent 6 tours et les Grands Chelem 7. Le jeu offre d’ailleurs la possibilité de choisir à chaque fois entre un match court (en 3 jeux) ou complet (3 sets gagnants de 6 jeux en GC, 2 pour les autres tournois). Un plus appréciable pour le réalisme.
Ce qui est moins réaliste, c’est la facilité avec laquelle on gagne les tournois (même si de manière générale le jeu est assez facile, d’où l’intérêt du online). Nous avons fini notre première saison avec notre bras cassé avec les 4 Grands Chelems en poche, ce qui coupe un peu l’envie de prendre part aux suivantes, même si la difficulté est progressive tout au long de la carrière.
Pas très réaliste non plus : votre classement et celui des joueurs « connus ». Il n’y a pas de têtes de série à proprement parler, ce qui vous donne des Federer – Djokovic dès le deuxième tour d’un Grand Chelem alors que d’illustres inconnus aux statistiques parfois démentielles viennent régulièrement vous titiller le fondement en deuxième semaine de tournoi. Quand vous rencontrez plusieurs fois le même adversaire, le jeu vous propose des affrontements spéciaux entre les tournois majeurs sous forme de « matchs rivalité » qui vous permettent de débloquer de nouveaux équipements si vous l’emportez (et par là même les stats de votre champion).
Intéressant en solo, le mode carrière prend son véritable envol en ligne où la facilité du titre et l’incongruité des tableaux est balayée par la présence d’autres joueurs humains.
L’autre mode principal de Grand Chelem Tennis 2 est baptisé « ESPN Classiques du Grand Chelem ». Au travers de 25 matchs, le titre vous propose de revivre, et parfois de réécrire l’histoire des Grands Chelem en vous plaçant à des moments clés de ces matchs « historiques ». Si la sélection peut paraître étrange au vu de certains oublis majeurs, on retrouve par exemple avec plaisir la finale de l’Open d’Australie 2008 entre Tsonga et Djokovic, où l’on doit faire triompher le Manceau alors que débute le tie-break du 4ème set.
Si dans cet exemple il s’agit de changer le cours des choses, ce mode « scénarisé » vous impose le plus souvent de reproduire l’histoire tel qu’elle a été écrite. Wimbledon 2008 : vous devez aider Nadal à remporter le cinquième et dernier set de la finale face à Federer revenu à deux sets partout. US Open 2008 : vous êtes Andy Murray et devez achever Nadal lors du 4ème set de la demi-finale alors que celui-ci vient de remporter la 3ème manche. Au final, la seule véritable frustration de ce mode est qu’il ne propose que 25 matchs des 30 dernières années, les développeurs ayant du coup fait une croix sur des dizaines d’affrontements mythiques. Ainsi, on retrouve les deux finales de légende McEnroe vs. Borg de 1980 (Wimbledon et US Open) mais aucune finale de 2011 avec Djokovic et Nadal. J’avoue, je chipote mais bon, l’amoureux de tennis en veut toujours plus.
Si vous avez lu le test jusqu’ici (merci pour commencer), alors vous l’avez sans doute compris : Grand Chelem Tennis 2 est un titre agréable à jouer et pétri de bonnes intentions, qui propose un gameplay plaisant à mi-chemin entre VT4 et Top Spin 4, avec une volonté notable de se rapprocher de l’excellence du titre de 2K Sports. Il devient clairement le numéro deux mondial des jeux de tennis sur consoles malgré toutes ses erreurs de jeunesse et les déséquilibres évidents de son gameplay. Pour un premier jet, EA Sports s’en sort plutôt pas mal et nous conseillons le titre à ceux qui aiment le tennis sans pour autant avoir le temps et l’envie de s’investir dans un Top Spin 4 beaucoup plus exigeant.
Note Globale : 14/20
Titre : Grand Chelem Tennis 2 (Grand Slam Tennis 2 en version US)
Développeur : EA Sports
Editeur : EA Sports
Nombre de joueurs : 1 à 4
Testé à partir d’une version commerciale PS3
Site officiel : http://www.ea.com/fr/grand-slam-tennis-2
Sorti le 10 février 2012. Disponible sur Xbox 360 et Playstation 3. Prix conseillé : 60 euros.







